Un Entrepreneur/Une Leçon

Pour Stanislas Zézé, ENTREPRENDRE C’EST « CRÉER SA PROPRE HISTOIRE»

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Stanislas Zézé est le PDG de Bloomfield Investment Corporation, dont le siège est basé en Côte d’Ivoire et une représentation au Cameroun. Bloomfield est la seule agence de notation financière en Côte d’Ivoire, mais également l’une des quatre agences de notation financière que compte l’Afrique. Ce mois, nous avons eu le plaisir d’aller à la rencontre de ce visionnaire qui nous rend un témoignage édifiant de son parcours.

 

1) Parlez-nous de vous.

Je suis Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Investment Corporation, première Agence de notation financière d’Afrique Francophone, structure que nous avons créée en 2007 pour répondre à un besoin qui est très clair : réduire   l’asymétrie d’informations entre les demandeurs de capitaux (ceux qui empruntent les capitaux) et les pourvoyeurs de capitaux (ceux qui mettent à disposition les capitaux). On a très souvent entendu que les banques ne prêtent pas, et les banques à leur tour disent que les PME n’avaient pas de profil ‘bancable’ et qu’elles ne prêtent pas aux entités sur lesquelles elles n’ont pas de visibilité. Il fallait donc trouver un instrument qui allait nous permettre de créer un pont entre les deux entités. C’est ainsi que nous avons décidé de créer cette agence de notation financière. Nous nous rendons compte 9 ans après, de l’impact que notre agence de notation a eu sur le marché des capitaux et le développement des économies.

 

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2) Expliquez-nous la notation financière pour les « nuls ».

 

Le rôle d’une agence de notation financière est à travers une analyse rigoureuse détaillée  de paramètres quantitatifs et qualitatifs de déterminer la probabilité qu’une entité rembourse ses dettes à court, moyen et long terme. À partir de notre échelle de notation, nous lui attribuons une note qui correspond à sa qualité de crédit (sa capacité et sa volonté à faire face à ses obligations financières). Si elle a une « bonne à très bonne note », on dira qu’elle est crédible.  L’avantage est que l’argent coûtera en fonction de sa qualité de crédit. C’est-à-dire que son niveau de crédibilité va déterminer les conditions de son emprunt (Détermination du taux d’emprunt élevé ou bas, garantie…)

 

3) Vous êtes originaire de la Côte d’Ivoire et votre entreprise y est basée. Pourquoi l’avez-vous nommée « Bloomfield Investment » ?


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Oui, je suis Ivoirien de père et de mère et fier de l’être d’ailleurs. Le nom d’une entreprise ne doit pas forcément coller  avec son environnement culturel, mais plutôt avec son secteur d’activité pour être attractif et donner des indications sur l’activité de l’entreprise. Quand vous créez une entreprise, vous  créer une marque et une empreinte, donc vous devez vous assurer que cette marque soit révélatrice et reste dans les esprits.

Durant mes études à University of Michigan, j’ai rendu visite à un Ivoirien qui vivait à Bloomfield Hills, l’une des villes les plus riches au monde, située pas loin de Detroit dans le Michigan. Dans cette ville, à l’époque (1990) la maison la moins chère coûtait environ 3 milliards  de FCFA.  J’ai été très impressionné et je me suis dit : «Un jour, je monterai mon entreprise dans le secteur financier et je l’appellerai Bloomfield »

 

4) Quel a été le déclic pour que vous décidiez de laisser votre prestigieuse situation pour entreprendre ?


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Il y a deux choses, la première est que j’ai fait un an dans l’armée américaine pour me rendre compte que je n’aime pas recevoir les ordres et donc naturellement, je finirai à mon propre compte.

 La deuxième raison, lorsque vous avez fait vos études en Amérique du Nord, vous avez cette fibre d’aller plus loin, de repousser les limites, comme on le dit: « sky is the limit » mais moi, je dis: « Sky is the beginning ». Il est important d’apporter sa pierre à l’édifice de l’humanité. En créant Bloomfield, j’ai non seulement créé une sécurité pour moi-même, mais j’ai créé des emplois pour de jeunes Africains à qui j’offre un profil de carrière exceptionnel, j’innove en tant que pionnier de la notation financière en Afrique francophone, et j’apporte par-dessus tout, ma pierre à l’édifice.

 

5) Citez les difficultés qui vous ont le plus marquées. Comment les avez-vous surmontés ?

 

Nous sommes dans un environnement où la majorité des gens décourage l’entrepreneuriat et ont tendance à tirer les autres vers le bas. Je l’ai ressenti au démarrage de Bloomfield et je trouve cela vraiment triste.  Je pense que le retard des Africains est à mon avis, causé par la mentalité pessimiste et négative de la majorité.  Quand vous dites à quelqu’un que vous quittez votre poste pour créer votre propre entreprise, il se met à douter tout de suite de votre capacité de réussir. La première question qu’il vous pose, c’est : « Tu es sûr, tu penses que ça va marcher ? Tu ferais mieux de garder ton poste ». Moi, je répondais à chaque fois : « Le groupe Shell dans lequel j’étais Directeur Régional, avant de créer Bloomfield n’est pas tombé du ciel, il y a bien quelqu’un qui l’a créé ». Déjà, le fait que l’environnement ne s’y prête pas est une difficulté et c’est suivi de conséquences. 

Quand j’étais Directeur régional du risque à Shell, chaque fois que je passais un coup de fil, les gens décrochaient avant même que ça ne sonne, mais lorsque je suis devenu juste Stanislas Zézé dans ma petite structure naissante, plus personne ne répondait à mes appels.

 

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Ici, c’est l’entreprise dans laquelle vous travailler qui vous définit, mais on ne vous définit pas de façon intrinsèque et c’est bien triste. Néanmoins, cela n’a pas été un blocage pour moi, parce qu’il faut avoir un fort caractère et être très déterminé quand vous entreprenez. Je l’ai surmonté rapidement parce que je suis quelqu’un qui aime les challenges.

La notation financière était quelque-chose de nouveau, sophistiquée et étranger à la majorité des gens en Afrique francophone. Avant de faire ses preuves, il fallait que Bloomfield éduque les gens sur ce que c’était la notation financière et son intérêt pour l’Afrique et le marché du crédit. Une fois que la notation financière a commencé à être connue à travers nos interventions, il fallait encourager les gens à se lancer dans ce processus. Avec la notation financière, on parle de transparence et de bonne gouvernance, alors que dans notre environnement les gens n’ont pas cette culture. Nous avons fait un travail remarquable à tel point que lorsqu’on entend désormais Bloomfield, les gens ont tout de suite en tête : notation financière.

Nous avons démocratisé la notation financière en la rendant moins effrayante, moins froide et moins lointaine. Nous avons montré l’importance de se faire noter, car même si vous avez une mauvaise note, c’est toujours mieux que de ne pas être noté du tout.

Nous avons surmonté toutes ces difficultés par le travail, la rigueur, le désir d’avoir des résultats concrets.

 

6) La notation financière reste encore un concept inconnu pour certains pays africains, comment avez-vous obtenus vos premiers marchés ?

 

Mon premier client, c’était le Port Autonome de San Pedro en 2008. En effet, le Port recherchait un financement de 900 millions auprès de la Banque Africaine de Développement (BAD) pour une étude de faisabilité de l’extension du port. J’ai expliqué au Directeur Générale en 2008, l’importance et l’impact de la notation financière sur son entreprise pour obtenir ce financement. Il était un peu sceptique, mais il a essayé. On a déposé la notation du port un vendredi à la BAD ; le vendredi suivant, le DG a été convoqué à Tunis et la BAD à approuvé les 900 millions pour l’étude de faisabilité. À partir de là, la mayonnaise a pris et on a commencé à avoir plusieurs clients. Ce n’était pas systématique, mais aujourd’hui, nous avons plus d’une centaine d’entités dans notre portefeuille client.

 

7) Avez-vous bénéficié d’un quelconque mentoring ? Lequel ?


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Pour moi, le meilleur mentoring, c’est sa propre expérience. Je ne m’inspire pas nécessairement des autres, j’apprécie plutôt ce qu’ils font, je veux créer ma propre histoire, c’est pourquoi je ne me réclame pas de quelqu’un d’autre.  Je m’inspire de ma volonté de réussir. Par contre, j’aime bien partager mon expérience et regarder les expériences des autres. Chaque expérience est unique dans un contexte bien précis, une époque précise et on peut ne pas la répliquer nécessairement, mais on peut l’apprécier et cela peut nous donner des idées.

 

8) Quels sont les pays, villes et entreprises qui sont passés par le crible de Bloomfield Investment?

 

Nous avons  GuarantCo en Angleterre, Radiant au Rwanda, BOA Sénégal, NSIA Assurances Sénégal, NSIA Assurances Gabon, l’État de Côte d’Ivoire, le port Autonome d’Abidjan, BOA Mali, NSIA GABON, Crown Siem, CIE , SODECI, FER, ONEP, Dekel Oil, PALMCI, Shelter Afrique au Kenya, …

Nous sommes panafricains et couvrons toute l’Afrique et certaines fois au-delà. Nos études sont utilisées en Afrique du Sud, au Botswana, au Kenya, au Cameroun, au Maroc, en Egypte, au Nigeria, en France, en Angleterre… La liste est très longue.

 

9) Qu’est-ce que ça vous fait d’avoir cette notoriété ici en Afrique ?

 

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Nous retenons comme enseignement qu’on a fait du bon travail. Cependant, nous restons humbles. Je pense que les gens vous considèrent parce qu’ils apprécient ce que vous faites. Ceci ne nous donne pas nécessairement la grosse tête, mais ça nous encourage à mieux faire et à développer autre chose et innover d’avantage.  Nous venons de créer BluePrint (filiale de Bloomfield Investment), une société spécialisée dans la construction et la gestion immobilière et d’hôtellerie de très haut de gamme. Nous allons commencer la construction d’une boutique-hôtel de type cinq étoiles, BlueBerry Resort à Assouindé, avant  fin 2016. Nous allons créer Bloomfield Intelligence, une autre filiale de Bloomfield Investment, qui sera notre cabinet de recherche et d’intelligence économique et sociale. Nous allons également développer Bloomfield PME pour assister les PME dans leur gestion de risque de contrepartie. Cette notoriété montre que nous avons réussi notre pari et permet aussi d’élever la Côte d’Ivoire, l’Afrique.

Aujourd’hui, beaucoup de structures internationales nous contactent pour des études sur l’Afrique alors qu’avant, c’était des cabinets français, américains ou britanniques qui étaient sollicités. Nous disons qu’il y a des Africains qui sont capables de faire beaucoup de choses et ceci est tout à notre honneur. Mais en même temps, ceci nous met beaucoup de pression et nous condamne à faire un travail de haute qualité et avec une rigueur absolue.

 

10) Quelle est la satisfaction la plus importante de votre parcours ?

 

Ma plus grande satisfaction, c’est surtout de savoir que nous sommes en train de relever un grand défi. Ce défi, c’est de « faire confiance aux Africains » et nous sommes en train de le réaliser. L’Africain a le complexe vis-à-vis de l’extérieur et on se dit que tout ce qui vient de l’Europe à plus de valeur. Aujourd’hui, les Africains arrivent à nous faire confiance ; ma satisfaction serait  qu’on arrive à un moment où les Africains comprennent que si nous nous faisons confiance entre nous et que nous travaillons ensemble, nous serons beaucoup plus forts et l’Afrique va prospérer.

 

11) Quelles leçons donneriez-vous à ces jeunes entrepreneurs pour être à la tête d’un grand groupe comme le vôtre ?

 

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Croyez en ce que vous voulez faire, ayez le sens de l’humilité et ne soyez pas complexés. On ne peut pas créer une SARL ou une société individuelle  et faire concevoir une carte de visite où c’est écrit « Directeur Général » ; ceci montre déjà l’état d’esprit dans lequel l’on est. Si on pense que « Gérant » qui est la dénomination de la personne à la tête d’une SARL, dérange parce que peu valorisant, cela montre que l’on est dans un état d’esprit qui n’est pas celui de la réussite.

 Il faut être courageux, il faut compter sur soi-même. Il ne faudrait pas tomber dans la rhétorique :«L’État ne nous aide pas, les banques ne nous aide pas ». Personne n’a dit que vous êtes capable d’être entrepreneur, mais faites vous-même vos preuves et démontrez ce dont vous êtes capable. Les jeunes doivent comprendre que l’entrepreneuriat n’est pas de la solidarité, c’est du business !

Il faut adhérer aussi à l’esprit de qualité, il faut faire un travail irréprochable et être rigoureux avec soi-même. Vous devez passer aussi par toutes les difficultés, sinon ça serait trop facile pour y arriver. Vous aurez cette fierté d’y être arrivé par vous-même et de dire un jour : « J’ai bossé dur et j’y suis arrivé ». Quand vous commencer vos premiers pas et que vous arrivez à un niveau, les gens ne vont pas vous aider, mais vous allez attirer des gens qui  voudront faire du business avec vous, parce qu’ils sauront ce qu’ils ont à y gagner.

Gardez à l’esprit que, quand vous êtes en relation avec quelqu’un, il faut que ça soit une relation gagnant-gagnant. Il faut rêver, ce n’est pas dormir et dire qu’on veut construire un avion. Rêver, c’est vouloir construire un avion en étant éveillé, s’informer sur comment construire cet avion et se battre pour y arriver. Il faut avoir des rêves réalisables. Aussi, il faut entreprendre dans un domaine dans lequel vous avez les qualifications et l’expertise, sinon ayez l’intelligence de prendre un partenaire ou des collaborateurs qui ont cette expertise, puis coordonnez le projet.

 

12) Très souvent, on entend dire que les entrepreneurs ont du mal avec leur vie de famille. Est-ce le cas avec vous ?

 

Ceux qui n’y arrivent pas ne sont pas de bons entrepreneurs. Une famille, c’est comme une entreprise, vous avez votre femme et vos enfants, c’est comme des « collaborateurs ». Quand vous devez parler à votre femme, il y a des compromis, même avec les collaborateurs, on ne donne pas que des ordres ; à un moment donné, on demande leur avis  et c’est pareil avec les enfants. Avant de leur acheter quelque chose, on demande si ça leur plaît. De mon côté, je n’ai aucun problème, j’ai une femme merveilleuse et deux filles extraordinaires. Nous nous entendons  super-bien et on fait beaucoup de choses ensemble. Mon secret, c’est de mettre ma famille au cœur de ma vie.

Je voyage beaucoup et quand je suis à Abidjan, je passe beaucoup de temps avec ma famille à la maison.  Quand j’arrive chez moi, j’enlève ma veste de PDG et je porte celle de Papa et de mari. Je conseille toujours à mes amis entrepreneurs de construire une maison dans laquelle, ils rentrent et qu’ils n’ont plus envie d’y sortir, mettez le confort que vous voulez. Quand je rentre chez moi, je n’ai pas besoin d’y sortir.

 

13) Seriez-vous prêt à parrainer un jeune entrepreneur du réseau « s’inspirer » ?

 

Ça ne me causera aucun problème au contraire, ce sera avec plaisir et fierté. J’ai toujours appelé au partage d’expérience. Quand je parle aux jeunes, je ne leur dis pas de faire comme moi, je leur demande de regarder ce que j’ai fait, de regarder d’où ils viennent et d’imaginer ce qu’ils peuvent faire, de concevoir leur propre parcours. Soyez rigoureux ! Si voulez vendre des tomates, faites en sorte d’être le meilleur vendeur de tomates. Ne comptez pas sur les autres pour asseoir votre projet, créer votre propre histoire en étant encouragé par la réussite des autres.

 

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 TIME LINE



  • 25 Janvier 69 : Naissance 
  • 1988 – 1991 : université de nantes (Faculté de droit et de science politique)
  • 1992 – 1995 : Eastern Michigan University (BA, Political Science and Economics)
  • 1995-1996 : Armée américaine 
  • 1995 – 1997 : University of Michigan (MPA, Public Administration)
  • 1995 – 1997 : Credit Risk Manager (NATIONAL BANK OF DETROIT, Ann Arbor Michigan)
  • 1997 –2001 : SENIOR OPERATIONS RISK OFFICER (The World Bank Group, Washington, DC)
  • 2001 –2004 : SENIOR COUNTRY CREDIT RISK ANALYST (BANQUE AFRICAINE DE DEVELOPPEMENT)
  • 2004 – 2008:  DIRECTEUR REGIONAL CREDIT Afrique de l’ouest et central (SHELL OIL PRODUCTS AFRICA)

 

 

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