Un Entrepreneur/Une Leçon

Pour Laetitia, Miriam et Eric, ENTREPRENDRE « C’EST DE LA FOLIE ORGANISEE »

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Issus de milieux totalement différents, ils ont décidé d’entreprendre.  En 2012, à la faveur du Dîner En Blanc (DEB), Laetitia Gadegbeku, Miriam Benyebdri et Eric M’Boua ont créé EVENET, une entreprise spécialisée dans le domaine de l’événementiel. Dans cette interview, ils nous font le bilan du DEB Abidjan tout en annonçant les couleurs de la prochaine édition.

Laetitia Gadegbeku, Miriam Benyebdri,  Eric Boua, présentez-vous à nos lecteurs?

Laetitia-GADEGBEKU

Laetitia GADEGBEKU

 

 

Laetitia GADEGBEKU: je suis associé de EVENET qui est organisateur du DEB Abidjan. A la base, j’ai un background en marketing/ négociation et je travaille dans le milieu diplomatique. Dans l’organisation, je gère les relations avec les partenaires / sponsors,  et également la gestion. Ce qui touche d’ailleurs mes compétences.

 

 

 

 

Myriam-BENYEBDRI

Myriam BENYEBDRI

Miriam BENYEBDRI: Je suis ingénieur informatique, j’ai fait un peu de régie dans l’événementiel à Montréal avec Eric. Mon rôle dans l’équipe est de gérer les inscriptions, la fan page, faire les documents. Je suis vraiment sur l’ordinateur, je ne suis pas très bavarde,  c’est plutôt Eric qui l’est (rires). Je bossais à Montréal et depuis trois mois maintenant, je me suis définitivement installée à Abidjan.

 

 

 

 

Eric-M'BOUA

Eric M’BOUA

Eric M’BOUA: J’ai fait des études de science politique en France. Après mes études, je me suis installé à Montréal. J’ai toujours été dans tout ce qui est événement artistique, production. Ce milieu a toujours été un peu mon univers. J’organisais des événements aussi sur Montréal et c’est de là, qu’on m’a sollicité comme directeur artistique pour le DEB. A ce stade, j’avais déjà un bon réseau d’artistes, de promoteurs. J’ai également été gérant d’une compagnie de danse latine. Vraiment passionné d’art et de spectacle, c’est dans cette optique que nous avons décidé de lancer le DEB à Abidjan.

 

 

Depuis 2012, vous avez organisé en tout quatre éditions du DEB. Avant la toute première,  comment l’idée du DEB Abidjan vous est venue à l’esprit?

M B:L’idée du DEB est venue de  FRANCOIS PASQUIER, père d’Aymeric, l’organisateur du DEB à Montréal. De retour de ses différents voyages, il a finalement posé ses valises en France. Pour fêter son retour, il a invité tous ces amis dans un parc. Il leur a dit:”venez, apporter à manger, une chaise et une table, ramenez avec vous un ami et surtout habillez-vous en blanc, histoire de se reconnaître… :”  vu que la fête devait se dérouler dans un parc. Parlant de l’évènement en lui même, le lieu est tenu secret jusqu’à la dernière minute. Ce qui rajoute toujours l’effet de surprise. Et c’est là,  la valeur ajoutée par rapport à notre évènement.

L G: Le DEB a commencé en Côte d’Ivoire en 2012. Ce dîner a été institué  par Eric et Myriam qui étaient familiers avec le concept, puisqu’ils participaient en tant que membres du comité d’organisation du DEB de Montréal. Eric et Myriam sont arrivés à Abidjan  avec l’idée du DEB, ils m’ont approché. J’ai trouvé  l’idée originale et géniale surtout que cela cadrait avec ma vision des choses.

E M: Avec la crise sociopolitique que le pays a vécue, cette situation nous chagrinait depuis Montréal pendant qu’on y faisait de belles choses. On s’est donc dit:” qu’est ce qu’on est capable de faire? Qu’est ce qu’on sait faire?” C’est ainsi qu’on a commencé à appeler à Abidjan. Il y’avait à l’époque une seule personne que l’on voulait embarquer dans le projet, mais Dieu l’avait déjà rappelé à lui, c’était LYDIA VIERA. L’année d’après, on a cherché encore une personne qui avait un profil assez fou, compétent, intéressée par le concept. C’est ainsi qu’on a rencontré Laetitia et elle a accepté.

 

Avec tout ce parcours, vous avez forcément été confronté à d’énormes difficultés. Lesquelles vous ont vraiment marqué et comment les avez-vous surmonté?

Laetitia-Eric-Miriam

M B: La première année, l’événement a eu lieu le 6 décembre alors que le 8 Novembre on était encore à Montréal. On essayait de faire les choses à distance, mais personne ne réagissait. On a donc crée une fan page pour faire exister l’événement.  Puis, on a attendu deux à trois jours, mais c’était toujours pareil.

E M: C’était spontané, il fallait partir à Abidjan, on l’a fait. Parfois, tu prends des décisions, tu ne mesures pas tout, ces décisions coûtent de l’argent, de l’organisation, des sacrifices. Mais  tu fais une petite projection et tu te dis “ok, s’il faut deux ou trois ans, cela vaut le coup de l’essayer maintenant”.

L G: On ne fait  pas le DEB pour être riche, non! Il faut être réaliste. Beaucoup de gens voient l’évènement, beau, classe et blanc, alors que c’est quelque-chose qu’il faut faire par passion.Faire cet évènement  à but lucratif ne marchera pas.

Il n’y aucun évènement à Abidjan qui change de lieu et dans lequel on loue 25 bus, on a donc besoin d’une personne spéciale pour tout coordonner.Chaque année, il faut réinventer l’évènement, replanifier les choses. Les coûts diffèrent chaque année étant donné qu’aujourd’hui, on peut être dans un endroit où il y a de la lumière et demain dans un autre où il n’y en a pas du tout.Il faut alors prévoir plus d’éclairage. Quand il n’y a pas assez de bus, de tables et /ou de chaises, il faut en prévoir plus également. C’est un évènement d’un énorme challenge. Ce qui demande d’avoir une organisation très structurée. Chacun de nous à son emploi avec des activités connexes. C’est donc à temps partiel  qu’on le fait. Ce qui demande encore plus d’organisation.

Aussi, la deuxième année, Eric a  malheureusement perdu son père. Le DEB à eu lieu deux jours après les obsèques. Mais jusqu’à la dernière minute, il n’a cessé de bosser. Le soir, lorsqu’il rentrait à la maison, il répondait à ces e-mails. Pour finir, on a livré la marchandise et les gens n’ont vu que du feu.

La prochaine édition est apparemment prévue pour 2016, de façon globale,combien de temps à l’avance préparez-vous une édition ?

Oui, le DEB prochain est précisément prévue pour décembre 2016.En ce qui concerne les partenaires, la préparation commence six mois avant.A partir du troisième mois, on commence à communiquer tranquillement. Maintenant le dernier mois, vu que le lieu est tenu secret, il y a plein de choses qui ne peuvent pas se faire à l’avance sauf à la dernière minute, comme par exemple, connaitre le nombre exact de participants et la location de bus. Pour l’année prochaine, la surprise sera le lieu.Depuis la première édition, tout le monde attendait le Sofitel (rires), maintenant qu’on y a été, les gens ne savent plus à quoi s’attendre. Ils s’attendent toujours à des endroits situés dans la commune de Cocody. Or, Abidjan est une ville plurielle.

“Ce sont les participants qui font l’évènement et non le lieu.”

 

Pour le financement…

Dans les premières années, l’événement a été pré financé par nous  mêmes, sous fonds propres vu le nombre assez restreint de sponsors. Parlant des dépenses, les bus, les chaises et les tables représentent gros. Il y’a aussi la sonorisation, l’éclairage et la sécurité car c’est un évènement qui se déroule à ciel ouvert.

 

A chaque nouvelle édition du DEB s’ajoute un nouveau gros partenaire, quel est votre secret?

Notre secret c’est le travail. On ne peut pas se tenir devant un partenaire comme Orange Cote d’Ivoire avec rien du tout.  Ce n’est pas une ONG. Cette entreprise a des objectifs clairs de visibilité et de vente. Aussi, quand le partenaire n’a pas d’éléments palpables pour évaluer le retour sur investissement,  il n’embarque pas.  La première année a été difficile d’avoir des partenaires mais lorsqu’on arrive avec des vidéos et des résultats concrets, le partenaire accroche. On leur dit voilà ce que vous avez à gagner, voilà un évènement qui vous donne une période de trois mois de visibilité carrément à temps plein. Donc, il  est important de leur apporter quelque chose, c’est un partenariat gagnant- gagnant.

 

A l’origine le DEB vient de l’Europe, quelle touche spéciale vous apportez au DEB Abidjan pour faire valoir la culture ivoirienne?

L G:L’animation du DEB Abidjan est totalement différente de celle des autres DEB, en raison de  la joie de vivre qu’on connait des ivoiriens, et aussi  notre entrain, notre propension à faire la fête. C’est typique à la Côte d’Ivoire et cela ne se voit nulle part ailleurs.

E M: Cette quatrième édition était une édition signature. On voulait qu’à la face de ces 70 villes participantes, Abidjan soit identifiée comme une ville porteuse des valeurs de ce concept. On y est arrivé avec les partenaires. On a vu aujourd’hui que la gagnante du concours  « COUPLE GLAMOUR», nous vient du  Bénin. La diaspora à Paris, à Montréal qui souhaitent prendre leurs vacances au moment du DEB Abidjan.Notre troisième étape sera de faire comprendre aux pouvoirs publics, que ce DEB contribuera à redorer la position de la Côte d’Ivoire. On pourrait être sur un pont, sur la baie de Cocody lors d’une édition. Ce serait redonné aux citoyens, qui sont les premiers contribuables, leur espace public. On aura des images qui seraient vues dans le  monde entier.

Quelle est votre plus grande fierté par rapport à cet événement?

Notre plus grande fierté est le fait d’avoir réussi à faire venir des personnes d’horizon différent. C’est aussi voir la dame de Marcory remblais assise à coté d’un directeur de cabinet autour d’un plat, sans distinction et se déchaînant au son de toutes ces musiques.C’est une occasion pendant laquelle, on rencontre des gens et sortir avec sa carte de visite doit être un réflexe.Enfin, il y a tous ces sourires, toutes ces personnes qui viennent nous rendre témoignage que le DEB a été l’évènement le plus intéressant passé avec leurs familles.Il y’a aussi l’aspect rentabilité, parce qu’on a un personnel qu’on embauche, il faut les payer et il faut que ce soit rentable pour nous-mêmes.

DEB- Fierté

Votre structure événementielle EVENET SARL a-t-elle été créée seulement dans le cadre du DEB?

Le DEB est organisé par EVENET, compagnie  spécialisée dans l’événementiel, les relations publiques et le networking. EVENET est la structure qui a la licence pour organise le DEB à Abidjan et ce depuis quatre éditions. Notre slogan c’est “l’évènement autrement”. On veut faire les choses différemment, mais pour de vrai.Le DEB n’est que la première signature, il y’a d’autres choses qui arrivent.

Vous êtes tous les trois entrepreneurs, quel est votre vision de l’entrepreneuriat?


DEB-EntrepreneursEntreprendre, c’est de la folie organisée. C’est oser l’expérience. C’est aussi savoir s’entourer, c’est lâcher  un peu  prise pour gagner un peu plus. C’est perdre le contrôle des choses pour pouvoir retrouver une autre direction. Ces mots sont un peu imagés, mais dans le concret, c’est commencer quelque chose à la mesure de son possible sans attendre les gros lots. Vous nous interviewez aujourd’hui, on joue le jeu de l’entrevue, mais nous n’avons pas encore atteint notre but. Mais dans notre élan, si un jour les choses s’arrêtaient, on souhaite qu’on puisse dire, on a lancé quelque chose et peut être que le travail sera terminé par d’autres. En somme, entrepreneuriat c’est faire le grand écart, c’est oser des choses qui nous dépassent parfois, dont on ne saisit pas toujours le sens. En tout, si à trois, nous n’avions pas osé, si nous n’avions pas rêvé, parce que l’entrepreneur est aussi celui qui rêve, on n’y serait pas arrivé. Pour illustrer cela, il y’a une expression en Afrique du Sud qui se dit “UBUNTU” qui signifie « JE SUIS PARCE QUE NOUS SOMMES ». C’est peut-être parce qu’on se rencontre  aujourd’hui pour cette interview, que demain des choses se feront, que l’entrepreneur  naîtra et se forgera parce qu’il s’inspire de la signature de votre webzine S’INSPIRER.

 

Après ces quatre brillantes éditions du DEB, vous faites partie des meilleurs dans votre domaine,quelles sont les qualités que doivent avoir les entrepreneurs exerçant dans ce domaine pour réussir?

E M: Un petit secret: pour quelqu’un qui veut organiser un évènement, n’attendez pas, ne demandez pas à quelqu’un, faites le, les gens viendront. Faites les choses, les gens suivront, mettez de la musique, les gens danseront. Il faut être dans une perspective et au moment opportun, ceux qui doivent être présents viendront. Vous devez tenir et ne rien lâcher.

M B: Les gens ont tendance à attendre la validation de quelqu’un. Il y’a un risque mesuré, car plus tu risques gros, plus tu as des probabilités de gagner gros. C’est le cas en bourse, tu investis plus d’argent, tu as un risque plus gros de gagner ou de perdre. Dans tous les cas, il faudrait avoir une petite prise de risque quelque part. Si vous avez une aversion pour le risque, vous ne pourrez rien réaliser!

L G: La persévérance et la foi car il faut croire en ce que vous faites. Il faut être structuré dans votre organisation sinon vous n’y arriverez pas. Nous sommes en collaboration avec une vingtaine de fournisseurs avec lesquels il faut négocier des tarifs préférentiels et une certaine rigueur. Il arrive des fois où on est rigoureux et les collaborateurs ne suivent pas, ce qui ne donne pas un résultat satisfaisant. Il faut faire des réunions et des briefings; donner des instructions claires et des documents. Quoi que la lecture ne fasse pas partie de nos habitudes, mais c’est ainsi qu’on se réinvente.

 

La plupart des personnes déplore le manque de moyen pour financer leur projet, quel est votre regard à ce sujet?

Jésus n’a rien transformé à partir de rien.Il a multiplié le pain à partie de deux ou trois pains qu’on lui a envoyé, il a changé l’eau en vin. Mais malheureusement, les gens veulent tout avoir. C’est-à-dire qu’ils veulent créer une entreprise, mais avec 10 millions, le gros package.Si vous ne les avez pas, commencez donc avec 50. 000 FCFA, avec ce que vous avez, c’est possible! Si Eric et Myriam s’étaient dit“on n’a pas d’argent”, il n’y aurait pas eu de DEB. C’est parce qu’il y’a eu un début, que des partenaires comme Orange Cote d’Ivoire se sont intéressés à cet événement-là. Aujourd’hui, on rencontre des personnes qui veulent ouvrir des boutiques de mode, c’est bien beau, mais comment vous vous différenciez des autres? Il ne faut pas avoir peur du risque pour atteindre un objectif.  Il doit juste être mesuré.

Outre un webzine, S’INSPIRER est un aussi canal de parrainage de jeunes entrepreneurs et aspirants, seriez-vous prêt à en parrainer?

Avec grand plaisir et je pense que nous appartenons à cette génération comprenant le sens du mentorat. Cette génération comprenant que même accorder cinq minutes à quelqu’un peut changer sa vie. A Montréal, ce sont des choses très développées, le mentorat, l’accompagnement, la médiation… Je pense que vous avez tout à fait raison de les promouvoir, parce qu’ils peuvent changer le destin d’une personne et l’emmener plus loin. C’est le professeur qui donne un enseignement, mais c’est l’élève qui devient ce que le professeur imagine de lui. Personnellement, nous sommes intéressés. Je suis coach en développement personnel, mais si on avait eu les grands organisateurs comme coach, on serait arrivés plus loin. Si le mentorat ne vient pas vers vous, il faut aller vers lui. Nous aurons le temps d’apporter nos modestes expériences dans tous les domaines.

DEB-Mentors

 

Revivez encore ces moments inoubliables en image.

 

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