Un Entrepreneur/Une Leçon

Gilles ATAYI: « J’ai décroché mon premier marché le lendemain de ma démission »

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Gilles ATAYI est un Africain qui a conduit son parcours en Côte d’Ivoire et a continué sa carrière dans de grands groupes internationaux, à travers toute l’Afrique et une partie de l’Europe.

Fondateur du  groupe G&A Africa Consulting basé à Johannesburg, il s’est spécialisé dans les domaines du Développement personnel, du Leadership, de la Planification stratégique et de la conduite du Changement.

Aujourd’hui dans plusieurs pays, il conseille et coache des chefs d’entreprises et accompagne des organisations privées et publiques. Découvrez l’histoire de cet entrepreneur passionné.

1) Qui est Gilles Atayi ?

Je suis un fier Africain, qui a conscience de la capacité réelle de l’Afrique et, en même temps, des défis et des challenges qui se dressent devant elle, avant qu’elle ne puisse se réaliser à la hauteur de son vrai potentiel.

J’ai débuté mon parcours professionnel il y a plus de 30 ans. Pendant 20 ans, j’ai travaillé pour de grands groupes internationaux dans les domaines du Marketing, de la planification stratégique, et j’ai eu de grandes responsabilités sur mon continent et en Europe.

Il y a 10 ans, j’ai donné une orientation totalement différente à ma carrière en devenant mon propre patron : En Septembre 2007, j’émigre en Afrique du Sud, où j’ouvre mon premier cabinet, G&A Business Solutions. Il y a un peu moins de 6 mois, j’ouvrais notre second cabinet à Abidjan, G&A Africa Consulting. Aujourd’hui l’organisation sert près de 100 clients dans 25 pays Africains, en renforcement de capacités dans les domaines de la planification stratégique, du marketing et des fonctions commerciales ; mais notre vraie identité vient de notre connaissance profonde en matière de leadership et de développement personnel.

 

2) Vous étiez cadre dans de grandes multinationales dont Coca-Cola et Airtel avec un avenir prometteur. Pourquoi avez-vous optez pour l’entrepreneuriat ?

 

Je crois qu’il y a un temps pour apprendre, pour s’établir et puis il y a un temps pour se réaliser. J’ai appris beaucoup durant 2 décennies. Puis, j’ai voulu enfin me réaliser en travaillant sur ce en quoi je croyais le plus, ce pour quoi j’avais de la passion et de l’énergie. Je perdais graduellement l’enthousiasme de mes premières années d’apprentissage et j’ai réalisé que j’avais tellement plus de potentiel que ce dont j’avais besoin pour travailler dans un cadre qui ne me convenait plus.

En effet, je suis quelqu’un de passionné, quand je fais quelque-chose, j’y crois véritablement et c’est ce qui me permet de donner le meilleur de moi-même. Ce n’était pas un choix facile, mais un choix de vie. Je voulais embarquer dans la dernière ligne droite de ma carrière comme il me plaisait. Ce n’est pas un parcours facile, mais un choix conscient que j’ai fait il y a 10 ans. Et je n’ai absolument aucun regret.

 

3) Le leadership et le changement sont le cœur de vos entreprises. Qu’est-ce que ces mots représentent pour vous ?

 

 Tout problème que rencontre le monde aujourd’hui, est lié à un manque flagrant de leadership. Quelqu’un disait que tout réussit ou tout s’écroule avec ou sans le leadership. Ces mots sont importants pour moi. Notre monde, notamment notre Afrique et les Africains ont un grand besoin de changer plusieurs de leurs paradigmes. Le leadership et l’accompagnement par le changement doivent y jouer un grand rôle. Oui, ces 2 mots traduisent tout ce qu’il y a comme volonté de former, de conscientiser, et de donner l’accès à la vraie clef du succès et cela passe par la création, l’élévation d’hommes qui soient capables de mener, d’influencer, d’inspirer, de mobiliser, de fédérer. Et c’est donc ce à quoi je me suis engagé, il y a quelques années.

 

4) Pourquoi avez-vous choisi la formation comme cœur de métier ? Est-ce parce-que ça rapporte ?

 

Parce que la vraie solution pour le développement c’est l’éducation.

La formation qui est le cœur de mon métier fait partie de la grande famille qu’est l’éducation. Sauf que notre cabinet travaille essentiellement avec les professionnels et surtout au niveau des fonctions managériales et d’encadrement.

C’est la stratégie en laquelle je crois pour contribuer à ce monde que vous et moi désirons.

 Et le succès dans cette matière ne vient pas d’une motivation pécuniaire. Le succès vient de ce qu’on répond avec passion et grand engagement à cet appel, un appel de partage, un besoin de susciter en plusieurs personnes une vision différente du monde. Et ce n’est pas une tâche facile, mais pour moi, et pour les personnes avec lesquelles j’ai l’honneur de travailler, c’est un choix qui nous libère et nous rend heureux. C’est ainsi que nous nous réalisons.

Je ne pense pas que j’aurais pu être un homme heureux sans cette pleine réalisation, sans avoir conquis ma liberté. Même si c’est un choix qu’il faut assumer pleinement, pour ce qui est heureux et aussi pour ce qui l’est un peu moins.

 

5) Avez-vous eu des difficultés pour financer votre entreprise ?

 

 Non, du tout ! J’ai travaillé pour financer mon entreprise.

J’ai commencé à la maison, sur la table à manger du salon. Seul, en acceptant de ne pas me payer au départ et surtout en ne confondant jamais le chiffre d’affaires dont l’essentiel au départ a servir à bâtir l’organisation.

De plus, notre activité n’est pas dans la production industrielle, et donc mon travail ne nécessite pas de gros moyens. C’est du capital humain, le capital humain est beaucoup moins cher pour commencer. Donc je n’avais pas besoin d’aller voir une banque, ni d’emprunter à qui que ce soit.

 

6) Quelques conseils aux personnes qui n’ont pas accès au financement ?

 

Il y a des personnes plus compétentes que moi pour parler de financement et elles sauront donner les conseils d’ordre technique.

Cependant, d’un mot : Bien souvent, le financement n’est pas la vraie barrière, parce qu’on prend souvent le problème du mauvais côté. Si vous voulez faire quelque chose et que vous avez la passion et la compétence, croyez-moi vous trouverez la solution. Le souci c’est qu’en Afrique, on pense trop encore que l’entreprenariat dépend du mécénat de quelqu’un. Si vous voulez faire quelque chose, alors levez-vous et faites-le. Personne ne va le faire pour vous. La solution n’est pas dans l’art de demander de l’aide et notamment de l’argent. Cette perspective doit changer ; mieux il faut vraiment la combattre. Développez votre business plan et trouvez avec passion les compétences nécessaires. Ceci ne sera pas forcément grand les premiers jours, mais il faut accepter de marcher avant de courir.

La banque vous accompagnera seulement si elle voit une personne engagée et qui y a mis ses propres ressources. Acceptez de commencer, démontrez que vous êtes capable d’avancer, ainsi vous trouverez des personnes qui croiront suffisamment en vous pour investir dans votre activité.

 

7) Citez vos trois plus grands obstacles ? Comment les avez-vous surmontés ?

 

Premièrement la peur. En fait essentiellement la peur. Je suis encore quelque fois en colère avec moi-même, quand je réalise tout ce que j’aurais pu accomplir, si seulement je n’avais pas eu peur. Mais je l’ai identifiée il y a quelque temps comme mon principal obstacle. Alors quand elle s’invite à la partie, elle ne me surprend plus et de manière très consciente, je la repousse plus facilement.

Deuxièmement, l’environnement dans lequel nous travaillons n’est pas vraiment prêt à comprendre tous les enjeux auxquels nous devons faire face ensemble. Les esprits ne sont pas toujours ouverts. Nous continuons à opérer dans une dimension déjà dépassée et nous refusons de voir le futur pour ce qu’il nous prépare. Les idées anciennes et les idées fausses ont la peau dure. Tout ceci participe des changements qui doivent arriver.

Enfin, ce n’est pas à proprement parler un obstacle, mais c’est un trait de mon caractère sur lequel je dois faire des progrès. Je suis de nature impatiente et parce que je suis quelqu’un de passionné, je me laisse quelquefois déborder par ma passion. Je dois donc améliorer ma manière de communiquer quand tout ne se passe pas comme je le souhaiterais. J’y travaille.

 

8) Votre premier marché, vous vous en souvenez ? Comment l’aviez-vous décroché ?

 J’ai décroché mon premier marché le lendemain du jour où j’ai démissionné de mon dernier emploi. Et ce fut avec mon dernier employeur. Je m’en souviens très bien. Cette première mission a été rendue possible parce que nous ne nous étions pas séparés en mauvais termes et que j’avais certainement une compétence dont il avait encore besoin. Cette première mission a ouvert la marche pour commencer quelque chose de grand. Je m’en souviens très bien, je n’oublierai jamais et je rends grâce à Dieu.

9) Vous êtes Ivoirien, vous êtes d’origine Togolaise, vous êtes né au Sénégal et vous avez évolué en Côte d’Ivoire. Lequel de ces pays vous a le plus porté bonheur ?

 

Toutes ces circonstances et même depuis mon enfance, les nombreux pays dans lesquels nous avons vécu grâce à la carrière de mon père, ont fait de moi un citoyen du monde. L’Afrique fait mon bonheur et elle donne un sens à ma vie et à tout ce qui m’intéresse. Mon cœur appartient également à des pays que vous n’avez pas cités, où j’ai vécu, où j’ai des amis, des frères. Car oui, je rencontre des personnes dans d’autres pays pour lesquelles j’ai une grande amitié et une grande fraternité. Je vois également chez elles des choses qui me plaisent.

 

10) Pourquoi vous êtes vous basé à Johannesburg et non dans ces différents pays ?

 

Tout d’abord c’était un choix stratégique. L’Afrique du sud offre l’infrastructure dont j’avais besoin pour développer ma carrière entrepreneuriale. L’Afrique du sud est un hub de grande qualité. De l’Afrique du sud, vous pouvez voyager partout. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas pour nos pays en Afrique de l’Ouest. C’était important pour moi, car ceci me donnait tout de suite la flexibilité d’aller dans plusieurs de pays pour construire notre réseau.

Deuxièmement, je voulais travailler dans un environnement totalement anglophone. Dans notre domaine, les anglophones sont bien plus avancés que les francophones. J’ai voulu me retrouver là où je pouvais rencontrer la stimulation, la compétition et la concurrence pour m’obliger à me dépasser. Je pense que si je n’avais pas évolué dans cet environnement, les choses ne seraient pas ainsi. J’y ai beaucoup appris.

Maintenant le danger, c’est que lorsque vous vous retrouvez après dans l’environnement francophone, vous ne travailliez plus avec la même intensité et au même rythme. C’est un peu difficile. On gagnerait à comprendre comment les anglophones travaillent. On a beaucoup de retard en Afrique francophone. Humblement, nous devrions revoir nos copies.

 

11) Parlons de votre livre « les 51 pratiques fondamentales des leaders », d’où vous est venue cette inspiration pour l’écrire ?

Cette inspiration vient de l’observation des pratiques des personnes que j’admire.  J’ai noté tout ce qu’elles font. J’ai vu les traits de leadership de ces personnes qui m’inspirent et me tirent vers le haut. J’ai alors décidé alors de les consigner et de les partager avec d’autres personnes pour qu’elles soient, elles aussi, inspirées et aient envie de les appliquer par le travail, la discipline, l’abnégation et le courage, pour atteindre le plus haut sommet.

Ce livre a la capacité de nous changer et en nous changeant, ce livre peut nous aider à changer le monde.

 

12) Et parmi ces personnes, pouvez-vous nous citer quelques noms ?

 

Très honnêtement, je citerai, mon père et ma mère, mes deux plus grands leaders. Qu’ils reposent en paix. Je pense aux membres de ma famille. Avec ces personnes j’ai beaucoup appris au jour le jour. Je pense à d’autres personnes que j’ai rencontré l’une dans un avion, certaines autres lors d’une conférence, une autre encore dans un supermarché, etc…

Ce sont souvent des personnes simples qui font des choses extraordinaires. C’est l’observation constante de toutes les personnes que j’ai l’honneur et le bonheur de croiser sur mon chemin. Elles m’ont toutes laissé une impression impérissable.

 

13) Donnez-nous deux éléments clés pour être un bon leader.

Il y en a plusieurs : L’humilité et le sens du devoir.

 

14) Vous voyagez beaucoup. Comment arrivez-vous à concilier vie professionnelle et vie de famille ?

 

J’aime mon travail et je suis poussé par une mission qui dépasse ma personne. C’est un appel fort et sérieux auquel je réponds avec grande passion et avec grand engagement.

J’aime ma famille par dessus tout. Sans elle, je ne pourrais réaliser le 10ème de ce que je fais.

C’est au travers des deux, ma famille et mon travail, que je me réalise et que je m’épanouis. Je le sais et donc consciemment, je fais en sorte de garder l’équilibre nécessaire.

 

15) Quel est votre plus grande fierté dans tout votre parcours ?

Ma plus grande fierté est d’avoir participé à recruter, former, développer, exposer et promouvoir plusieurs cadres Africains qui font, aujourd’hui, la fierté de leurs pays et de notre continent. Certains sont chefs d’entreprise, d’autres dirigent des institutions au plus haut niveau dans leurs pays. Mais la plupart sont des personnes qui comme vous et moi, travaillent consciemment à leur développement personnel pour le bien du plus grand nombre. C’est ma fierté parce cette contribution constitue déjà une part de mon héritage pour ce continent.

 

16) Quelles sont les qualités que doit avoir un entrepreneur pour réussir ?

 

Beaucoup a été dit sur le sujet, mais je dirai juste 3 choses : Passion, compétence et compréhension de l’environnement, ça c’est de l’entreprenariat.

Passion : s’engager avec force et grande décision.

Compétence : travailler sur soi-même, s’interroger, fouiller, découvrir tout dans son domaine pour être la personne la plus compétente dans son activité.

Compréhension de l’environnement : Elle permet de mieux appréhender les besoins réels du marché et ses débouchés profitables.

 


17) S’INSPIRER est le produit du cabinet de mentoring dénommé BUTTERFLY. Voulez-vous faire partie de notre réseau de Mentors pour tirer d’autres personnes vers le haut ?

 

Ce sera avec grand honneur que je rejoindrai votre réseau. Je m’y engage. Nous devrons juste travailler sur ma disponibilité.

 

Quelques conseils  de Gilles Atayi :

  • Quand vous êtes entrepreneurs et surtout quand vous êtes jeunes, travaillez et ne tombez pas dans le piège de la facilité.
  • Cherchez continuellement à faire mieux que ce que vous faites déjà.
  • Acceptez la critique constructive même si elle n’est pas toujours positive.
  • Prenez le temps de vous améliorer. Partagez vos « success-stories » mais également vos « failure-stories ».
  • Si vous échouez, sachez que c’est une opportunité pour faire mieux. Vous êtes encore jeunes et vous êtes la génération qui arrive à la décision.
  • Ne vous compromettez pas dans toutes ces choses qui font honte et dont on a même honte d’en parler en public.
  • Travaillez, ne prenez pas de raccourcis. Et surtout aimez les autres, aimez et partagez.

 

 

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